Nos dossiers > Conseils et Astuces pour une famille heureuse
La famille se recompose
Selon l'INSEE, « Une famille recomposée comprend un couple d'adultes, mariés ou non, et au moins un enfant né d'une union précédente de l'un des conjoints. Les enfants qui vivent avec leurs parents et des demi-frères ou demi-sœurs font aussi partie d'une famille recomposée ».
Définition claire et simple mais bien réductrice me semble t’il ? Si seulement introduire une nouvelle personne dans une famille monoparentale était facile. C’est forcément suite à la séparation de papa et maman, et c’est bien cela qui va poser problème !Alors comment faire ? Comment présenter une « pièce rapportée » à son enfant ? Quelles sont les choses à faire et à ne pas faire ?
1. La qualité de la relation entre mes parents
Avant, il n’y avait que papa et maman, puis papa est devenu un parent seul et maman aussi. L’enfant a donc eu trois exemples de vie auquel il a du s’adapter. Il est donc important d’observer la qualité de la relation que maman et papa entretiennent aujourd’hui pour pouvoir préparer son enfant à l’arrivée d’un(e) amoureux (se).
L’enfant, alors qu’il voit ses parents continuer à se soutenir malgré la séparation, continue à s’identifier à ses deux parents et se sent en confiance pour parler de lui-même et de sa situation avec chacun d’eux. Il continue à avoir l’ensemble des compétences parentales. Il est bon que l’enfant voie le respect, l’indulgence et l’affection que se partagent encore les parents autour de lui.
S’il existe un conflit entre les parents, l’enfant aura tendance à être pris dans un conflit de loyauté le privant ainsi d’amour spontané et lui donnant la responsabilité du parent auprès duquel il se sent loyal. Un enfant tenu par la loyauté à l’un de ses parents ne pourra pas accueillir librement un(e) amoureux (se). Il risque de se sentir soit investi de la mission de faire échouer le nouveau couple pour protéger le parent en colère, soit de faire semblant d’apprécier le nouvel individu par loyauté pour ce parent.
Dans les deux cas, il est difficile d’avoir accès aux sentiments sincères de l’enfant et de lui apporter soutien quant à ce 4ème changement dans sa vie. Il est donc essentiel de se poser sur la relation entre les parents pour pouvoir bien poser l’arrivée d’un nouveau partenaire.
Dans tous les cas, il est important de dire à l’enfant que cet (te) ami(e) ne remplacera jamais papa/maman. La place de Papa/Maman n’est pas négociable. Même si l’autre parent est peu présent ou décédé, il ne faut jamais effectuer un remplacement parental. Dans le cas d’une séparation qui reste conflictuelle avec l’ex, il est essentiel de rassurer l’enfant sur le fait que cet (te) ami(e) ne viendra pas interférer dans sa relation à sa mère ou à son père. Ne jamais demander à un enfant de mentir à l’autre parent sur l’arrivée de cet (te) ami(e). Si, pour des raisons juridiques ou autre, l’autre parent ne doit pas apprendre cette nouvelle relation, alors l’enfant ne doit pas être mis au courant. L’enfant ne doit jamais être mis au centre des problèmes d’adultes, même à 16 ans. Un ado est un enfant, tout juste un début d’adulte et il est le votre. Ne jamais faire de secret avec son enfant. Si les parents s’entendent bien, l’idéal est d’informer l’ex qu’un(e) ami(e) va être présenté(e). Celui-ci pourra alors autoriser, par un comportement ouvert, par la preuve que papa et maman se parlent encore et se permettent d’aimer ailleurs, l’enfant à accueillir cet (te) ami(e) ouvertement.
2. La présentation du nouvel amoureux (se)
Si je n’ai pas encore nommé le beau-parent ainsi c’est parce qu’il est important que ce terme apparaisse à un moment ultérieur, un moment que l’enfant décidera.
Au départ, on ne présente pas un beau-parent. On présente un amoureux. On explique la rencontre (fonction de l’âge de l’enfant), l’histoire avec cet (te) ami(e) et le caractère sérieux ou non de cette relation. Par exemple, Violaine a quitté son mari il y a un an et demi. Elle fréquente Jean depuis 8 mois. La relation se fait progressivement sérieuse mais elle aimerait passer un cap supérieur.
Pour l’introduire progressivement aux enfants (surtout la dernière qui a 10 ans), elle doit simplement dire qu’elle a rencontré un homme il y a quelques mois, qu’elle est bien avec lui. Elle aimerait que la relation soit de plus en plus sérieuse mais il est trop tôt pour affirmer cela. Jean est lui aussi divorcé, il a deux enfants de X années et il vit seul à 5 stations de métro de chez nous. Quand vous êtes chez papa, j’en profite pour le voir. Si la relation continue, je vous le présenterai.
Ensuite il suffit de répondre aux questions des enfants. Faire simple, je raconte, l’enfant questionne, je réponds.Une fois l’introduction que maman/papa a un(e) amoureux (se), on laisse passer un peu de temps pour sentir les changements, les questions chez l’enfant. On pourra ainsi y aller progressivement et le rassurer sans qu’il ne soit confronté, imposé à cet autre. On parlera de lui, puis, un jour, on le présentera. L’enfant questionnera bien sur, sur la suite, si cet (te) ami(e) va venir vivre à la maison, comment on va faire avec les autres enfants… ? Répondez quand vous le savez, et expliquez que vous allez réfléchir à sa question pertinente quand vous ignorez la réponse. Quoiqu’il arrive, il faut le rassurer sur le fait que vous contrôlez la situation. Rien n’ira plus vite que nécessaire et tout sera réfléchi. On présentera cet (te) ami(e) autour d’un piquenique, d’un restaurant, d’un musée ; Bref, une sortie en lieu neutre.
Puis progressivement on le fera rentrer dans le foyer et enfin on le fera dormir à la maison. Après ces étapes qui vont plus ou moins vite selon les situations et les histoires de chacun, cet (te) ami(e) se mélangera définitivement à nous en organisant un emménagement (chez maman/papa ou chez lui/elle). Jusque là, cet (te) ami(e) n’est que l’amoureux (se) de maman/papa. On ne le nommera surtout pas beau-parent. Sa place, en tant que « parent », viendra plus tard.
3. Qui doit nommer le beau-parent ?
C’est l’enfant qui un jour nommera cette personne de beau-parent. Je me souviens de cette patiente, belle-mère de deux enfants de 4 et 2 ans. Elle ne savait pas comment prendre sa place, et d’ailleurs elle me demandait qu’elle était sa place.
Le rôle, la fonction de beau-parent ne sont pas dessinés, délimités. Il n’existe pas de définition. On fait ce que l’on peut !! C’est la recomposition qui donne les règles. Un jour, la petite de 4 ans lui dit « t’es une belle doche d’enfer !!». Ca y est ! Elle avait pris sa place. Elle n’était plus l’amoureuse mais la belle-mère. L’enfant, un jour, dira à ses copains, à ses voisins, à sa famille, ma belle-mère, mon beau-père… C’est qu’il sait (pas forcément consciemment) que l’autre est intégré en tant que beau-parent. Il est bien sur possible de forcer la place et la nomination de ce beau-parent. Une belle-mère, Made, me racontait comment la maman avait introduit un beau-père en trois semaines ; En effet, celle-ci avait rencontré un homme et trois semaines plus tard, il s’installait dans le foyer maternel. Les enfants ont pleuré durant 6 mois pour ne pas aller chez leur maman. Pas qu’il n’aimait pas leur mère, au contraire, mais plusieurs choses se tramaient. a/ Maintenant que maman a un amoureux, il est donc impossible pour papa et maman de se remettre ensemble. Durant la séparation, alors que papa vivait déjà avec Made, la maman parlait beaucoup de sa vie avec papa. Les enfants pensaient que la réconciliation était possible. Maman attendait que papa se décide. La venue de cet amoureux venait signifier le caractère irréversible de la séparation. Il est fort probable que si la maman avait pris le temps décrit ci-dessus, les enfants progressivement auraient intégré cette donnée et aurait mieux accueilli cet homme. b/ La mère a nommé l’amoureux beau-père immédiatement. Celui-ci présentait les enfants comme les siens lorsqu’il parlait d’eux. Il s’agit de ne pas oublier que beau-parent contient le terme parent. On n’est pas beau-parent de manière innée, on le devient, on se construit beau-parent en fonction de l’histoire des enfants. Les enfants n’avaient pas été préparés à devoir vivre avec une nouvelle personne si rapidement. Ils se sont donc retrouvés sous le choc. De cela est sorti de la méfiance et un sentiment très ambivalent vis-à-vis de cet homme. Alors même qu’il pourrait être aimé, il se retrouve rejeté car la présentation a été abrupte et sans prise en compte des enfants.
4. Le soutien du parent
Le soutien du parent aux beaux-parents est essentiel. Après tout c’est ce parent qui fait entrer le beau-parent dans la famille. C’est dans sa présentation, son annonce, sa manière de l’accueillir que le beau-parent pourra être reconnu comme adulte intégré à la famille puis dans un 2nd temps comme « parent ».
Il est alors important que le parent qui présente un(e) amoureux (se) soutienne les deux parties : les enfants et le (la) conjoint(e). En donnant un rôle à cet adulte, en montrant aux enfants qu’il/elle est une personne de confiance, en lui conférant une responsabilité auprès d’eux, le parent facilite l’intégration du beau-parent.
5. Organisation de la vie : Rôles et règles : Nouvelle dynamique de groupe
Chez qui va-t-on vivre ? On reste à la maison, on va chez l’autre ? On déménage ? Vais-je avoir ma chambre ? Et encore plus de points qu’il s’agit de bien expliquer à l’enfant. Quelle que soit l’idée, il s’agit de bien donner un espace à son enfant. L’enfant dans la recomposition a souvent peur de perdre de sa place, de ses privilèges. Il tente de vérifier qu’il n’est pas en danger. Il teste, plus ou moins brutalement. Il réclame, parfois il régresse. Il s’agit donc de bien lui donner une place, un cadre. Cela passe par un espace. Il doit avoir sa chambre, et si cela est difficile comme souvent en région parisienne, il doit avoir son coin à lui, avec son lit et ses jouets.
Si l’enfant n’est pas en résidence habituelle, il ne doit pas se sentir en transit. Il doit avoir son espace à lui. Le beau-parent viendra forcément avec sa façon de faire et son envie d’améliorer le quotidien. Même un beau-parent maltraitant ou simplement trop sévère utilisera l’argument du bien fondé pour l’enfant. C’est pourquoi le parent doit rester vigilent et conserver le contrôle sur l’éducation de son enfant. Par exemple, avant l’arrivée du beau-père, les enfants de Carine avaient le droit de trainer un peu le soir. Une fois celui-ci installé à l’appartement, il mit le haut là et imposa le couvre feu à 20h30. La mère, heureuse de voir le beau-père s’investir, ne comprit pas qu’elle donnait trop de pouvoir au beau-père, trop rapidement. En tant que parent, elle doit permettre au beau-parent d’apporter sa touche personnelle mais celui-ci ne doit pas éradiquer les organisations passées de manière trop tranchée.
Enfin, il s’agit de permettre à l’autre parent d’avoir un regard sur les nouvelles règles érigées par le beau-parent. L’autre parent sert en fait de garde fou. Bien sur, cet autre parent a des limites. Il ne doit pas s’immiscer dans la vie conjugale ni dans l’organisation du quotidien. L’exemple de l’heure du dodo ne regarde pas l’autre parent. En revanche, il se doit d’intervenir quand il estime que la sécurité de ses enfants est en jeu. Par exemple, ce beau-père avait tendance à donner facilement des fessées aux enfants pour tout et n’importe quoi. Les enfants ne savaient pas vraiment pourquoi. Le petit avait mis la chaussure gauche sur le pied droit. Le beau-père expliqua au papa qu’il devait répéter toute la journée les mêmes choses aux enfants de 4 et 6 ans. Le père a alors demandé à la maman de faire cesser ses fessées inutiles.
Les deux parents conservent l’autorité parentale conjointe et il s’agit de bien montrer aux enfants que ce sont eux deux, et uniquement eux deux, qui sont décisionnaires de leur avenir. Le parent confère au beau-parent une autorité, une responsabilité et un droit à être affectueux, mais il ne s’agit pas de confondre les rôles. Le beau-parent pourra néanmoins faire valoir qu’il habite avec tout le monde et qu’il y a des règles propres à ce foyer. Un contrat implicite va se mettre en place, donnant une place au beau-parent qui pourra alors agir pour les faire respecter. Cela ne peut pas se faire si le parent ne le permet pas. Le beau-parent devra également apprendre à s’effacer. Il est bon parfois de laisser les enfants seuls avec son parent, retrouver un peu de cette fusion d’antan. Il est important enfin que le père et la mère puissent se retrouver aux fêtes scolaires, aux départs en classe de neige, aux sports sans que le beau-parent ne soit automatiquement présent. Cela est perçu par l’enfant comme une intrusion, comme un individu qui s’impose. Si le beau-parent n’a pas d’enfant, l’organisation est plus simple car elle tourne autour de la vie de ceux-ci et des Droit de Visite et d’Hébergement.
6. La fratrie s’agrandit
Les plus grandes difficultés apparaissent avec la confrontation de deux fratries. Des enfants se voient imposés d’autres enfants, une nouvelle organisation et l’obligation de faire avec. Les complications continuent avec les modes d’éducations qui ne sont pas forcément les mêmes. Comment faire ? Comment faire pour traiter mon enfant et le sien de la même manière ? Dois-je les traiter pareil ? Dois-je appliquer avec chacun l’éducation qu’il a reçue auparavant pour maintenir les habitudes ou dois-je faire un mélange des deux éducations ? La confrontation de deux fratries et donc deux éducations, deux habitudes, deux rythmes rend la vie commune souvent difficile. a/ le beau parent a des enfants Bien évidement, on commencera par dire aux enfants des deux cotés qu’ils ne sont pas obligés d’aimer tout le monde mais qu’il doive respecter l’autre comme ils aimeraient que celui-ci les respectent. En bref, « tu n’es pas obligé de jouer avec lui mais tu lui dois les mêmes bases de politesse qu’à tous ». On fera son maximum pour offrir à chaque fratrie son intimité, donc son espace. Pour les règles, si elles sont très opposées, il ne faut pas se leurrer, cela passera par des disputes d’adultes, des jalousies, des querelles d’enfants, des manipulations d’enfants…etc. Un enfer, parfois !! Mais, petit à petit, à force de persévérance et à force de montrer aux enfants qu’ils sont entendus, vus mais pas pour autant les chefs, les choses se feront et une organisation naitra. Il est important de ne rien forcer entre les enfants. Il vaut mieux les laisser s’apprivoiser doucement que de les braquer. Le temps est très souvent en faveur d’une issue positive. Encore une fois, il est essentiel que chaque parent offre à son enfant des moments spéciaux qui excluent la nouvelle famille. Il existe une autre difficulté : un enfant en en résidence exclusive chez maman et l’enfant du beau-père en DVH tous les 2 week-ends. On peut se mettre à la place de cette enfant qui se sent en transit, qui se met à jalouser l’autre enfant car il a accès à son papa plus que lui. L’enfant lésé se mettra à fantasmer sur tout ce qu’il n’a pas et qu’il imagine l’autre enfant avoir. Il est donc important de le rassurer sur ce qui se fait en son absence, lui casser son fantasme et le mettre dans la réalité de la vie durant son absence. Racontez-lui les 15 jours durant son absence. Et surtout, préparez sa visite, créez un rituel entre le parent et l’enfant et d’autres avec la famille. b/ Un enfant est en cours Maman et le beau-père vont avoir un enfant, la femme de papa est déjà enceinte ! Les parents sont toujours heureux d’annoncer la nouvelle à leur enfant. Sauf que … celui-ci n’a pas forcément envie de voir le bébé interférer dans sa nouvelle organisation. La naissance d’un enfant signifie le 5ème ou 6ème changement non décidé dans la vie d’un enfant. La nouvelle n’est pas forcément mauvaise mais elle est déstabilisante. Très vite après l’annonce, l’enfant accueillera la nouvelle positivement. Elle signifie que cette nouvelle famille est sérieuse et définitive. Elle signifie pour l’enfant qu’il va enfin pouvoir se poser, se reposer. L’enfant se sent investi par le projet et n’a pas de problème à s’imaginer avec le nouveau-né. Je conseille à tout parent et beau-parent de ne pas parler de demi –frère/ sœur. Pour l’enfant, les choses sont simples. Cet enfant est un prolongement de lui et non pas d’un demi lui. Une petite sœur, un petit frère va arriver. L’enfant à naitre ne doit surtout pas déloger l’enfant déjà là. Ou alors, il s’agit de faire comprendre à ‘l’enfant que s’il est délogé de sa chambre c’est parce que lui-même a grandi et il mérite une plus grande chambre ou n’importe quel argument le mettant en valeur, et uniquement lui.
7. Budget / les finances de ce nouveau couple
Le budget, sujet de discorde entre les adultes dans une famille recomposée. Chacun fait comme il le souhaite. J’aime à penser que lorsque l’on aime, on aime l’autre avec ses bagages. On l’aime alors même qu’il gagne 5 fois moins que soi, qu’il est fauché, qu’il a perdu sa famille, qu’il est handicapé…etc.L’enfant de l’autre est son bagage, bagage certes magnifique, mais c'est un élément que je ne peux exclure de mon amoureux. Son enfant, même si en tant que beau-parent je suis délimité, je finirais par l’aimer, par le choyer et par me sentir investi, concerné. Cet enfant, je ne dois donc pas le prendre dans ma vie sans participer à sa vie.J’aime à penser que le beau-parent offre spontanément un bonbon, un cadeau à l’enfant, que le budget est fonction des moyens de chacun et non du nombre de part à nourrir.Et dans les familles recomposées avec des enfants de deux cotés ou un nouvel enfant à naitre, il s’agit d’être juste et de gâter tout le monde de la même manière.Ma belle fille me racontait que son beau-père ne faisait des cadeaux qu’à sa maman et à leur bébé. Elle a 7 ans et elle a déjà constaté l’iniquité !! En conclusion, la famille recomposée n’est pas une construction facile. Personne n’a la formule. C’est parfois un travail dur et parfois c’est facile. Mais, ce qui est rarement dit, c’est que grâce à cette recomposition, l’enfant, les adultes se confrontent à de nouvelles vies, souvent plus enrichissantes. Les expériences sont fortes et constructives et parfois source d’un grand épanouissement.
