Comprendre les crises : pourquoi mon enfant se tape lors des réprimandes parentales ?

Garçon de six ans assis en tailleur dans un salon moderne

Un enfant qui se tape après une réprimande n’entre pas dans la case d’un trouble à diagnostiquer d’urgence ni d’une éducation défaillante. Ce geste, souvent mal compris, traverse pourtant tous les milieux, tous les foyers, loin des idées reçues. Les recherches en psychologie du développement pointent une réalité moins connue : l’auto-agression, chez les plus jeunes, surgit fréquemment lors de tensions émotionnelles ou d’un trop-plein de frustration. Savoir comment réagir, c’est s’épargner bien des inquiétudes inutiles et désamorcer l’escalade de la crise.

Quand l’enfant se tape : comprendre un comportement déroutant

Voir son enfant se taper en réponse à une réprimande déroute. La scène choque par sa spontanéité, la violence retournée contre soi. Pourtant, ce comportement n’a rien d’exceptionnel ni d’inquiétant sur le plan du développement. Les professionnels de la petite enfance l’affirment : il n’est ni le signe d’un trouble, ni celui d’une défaillance éducative. Jusqu’à six ou sept ans, il est courant d’observer des gestes violents, qu’il s’agisse de frapper, de mordre, de crier ou de se taper soi-même.

Pourquoi ce phénomène ? Tout simplement parce que le cerveau de l’enfant, en plein développement, n’a pas encore les outils pour gérer ses émotions. Avant cinq ou six ans, les régions cérébrales qui permettent de canaliser la colère ou la frustration sont immatures. Lorsqu’une émotion forte déborde, l’enfant est incapable de la verbaliser. L’énergie s’accumule, puis explose par des gestes impulsifs. Se taper, c’est parfois une façon maladroite de reprendre prise sur une émotion qui le submerge.

Pour mieux comprendre, voici quelques points à retenir sur ce processus :

  • Les crises de colère marquent une étape normale dans la construction émotionnelle.
  • Quand il se tape, l’enfant montre qu’il ne dispose ni du vocabulaire, ni du recul pour maîtriser ce qu’il ressent.
  • En général, ces épisodes s’espacent avec le temps, à mesure que l’enfant progresse sur le plan du langage et des relations sociales.

Ce type de situation vient parfois fragiliser la relation parent-enfant. Beaucoup de parents ressentent de l’impuissance, voire de la culpabilité. Rappelons-le : derrière ce geste, l’enfant exprime avant tout la force de son malaise. L’enjeu, pour l’adulte, n’est pas de condamner ou d’ignorer ce comportement, mais d’en saisir la logique pour mieux y répondre.

Quelles sont les causes possibles de l’auto-agressivité chez les plus jeunes ?

Pourquoi certains enfants se tapent-ils lors d’une réprimande ? L’immaturité émotionnelle occupe souvent le devant de la scène. À ces âges, nommer puis canaliser ce que l’on ressent reste une compétence en construction. Quand la colère ou la frustration fait irruption, l’enfant n’a pas toujours les mots, alors son corps parle pour lui.

Autre facteur : la difficulté à exprimer ce que l’on vit. Certains enfants hésitent à dire ce qu’ils ressentent, d’autres n’y parviennent tout simplement pas, faute de vocabulaire ou d’assurance. Le geste auto-agressif surgit alors comme une tentative désespérée de reprendre le contrôle face à une situation mal comprise ou vécue comme injuste.

Parfois, des circonstances extérieures aggravent le phénomène. Un environnement perçu comme instable ou imprévisible peut rendre l’enfant plus vulnérable. Certains troubles neurodéveloppementaux, comme le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, ou encore certaines allergies, compliquent la régulation émotionnelle.

Il peut être utile de garder à l’esprit les éléments suivants :

  • Si ce comportement devient récurrent ou s’intensifie avec le temps, des causes neurologiques doivent être envisagées et discutées avec un spécialiste.
  • La qualité du lien d’attachement et la stabilité émotionnelle du foyer influencent la fréquence et la gravité de ces épisodes.
  • En cas de doute, ou si les gestes persistent, l’avis d’un pédiatre ou d’un professionnel de santé s’avère précieux.

Les causes sont donc multiples, mêlant la maturation propre à chaque enfant, le climat familial, et parfois des facteurs médicaux. L’enfant, loin d’être armé pour affronter seul la tempête intérieure de la frustration, tente d’y répondre avec les moyens du bord.

Des pistes concrètes pour apaiser et accompagner son enfant pendant la crise

Quand la crise éclate, la priorité consiste à sécuriser l’environnement. Se montrer présent, poser une main rassurante, maintenir un regard calme : ces gestes simples apportent des repères à l’enfant en proie à la confusion. À ce moment-là, inutile d’argumenter. Le cerveau de l’enfant n’est pas prêt à entendre des explications rationnelles : la tempête doit d’abord passer.

La méthode SAVE peut aider : stopper la montée, accueillir l’émotion sans la juger, valider la détresse, puis suggérer une alternative. Dire « Je vois que tu es en colère, tu as le droit de ressentir ça » pose un cadre. Proposer ensuite des gestes qui libèrent la tension sans se faire mal, taper dans un coussin, souffler, serrer un doudou fort entre ses bras, offre une porte de sortie.

Pour faciliter votre démarche, voici quelques recommandations à appliquer :

  • Gardez votre calme : inutile de hausser le ton ou d’employer des gestes brusques qui ne feraient qu’aggraver la crise.
  • Si l’émotion déborde, proposez une pause, restez à proximité mais sans imposer le contact.
  • Faites exister la conséquence sans recourir à la sanction : suggérez de réparer, de dessiner ce qu’on a ressenti, ou d’aider à ranger pour transformer l’énergie négative.

L’empathie se construit avec le temps. Quand la tempête retombe, prenez le temps de mettre des mots sur ce qui s’est passé : « Tu étais submergé, tu t’es tapé. » Encouragez chaque effort de maîtrise, aussi discret soit-il, par un sourire, un mot positif ou un moment de complicité. Privilégiez le dialogue à froid, et adaptez vos attentes aux capacités de votre enfant. Si les crises se multiplient ou deviennent particulièrement violentes, il est utile de solliciter un professionnel de santé pour un accompagnement adapté.

Fille de cinq ans tapant son front avec une expression frustrée

Partager, s’entraider : l’importance du dialogue entre parents face à ces situations

Lorsque ces crises se répètent, quand votre enfant se fait du mal ou s’en prend à lui-même, le désarroi guette. L’isolement s’installe vite, surtout si l’entourage ne comprend pas. Pourtant, le dialogue avec d’autres parents fait toute la différence. Mettre ses doutes sur la table, confronter ses réactions, permet de relativiser et de sortir du piège de la culpabilité. Discuter franchement en couple ou avec d’autres familles, c’est s’affranchir des comparaisons inutiles pour ouvrir la porte à un soutien concret.

  • Raconter sans filtre un épisode difficile : le simple fait de le verbaliser soulage déjà une part de la tension.
  • Demander l’avis d’un autre parent, souvent riche d’expériences similaires.
  • Comparer ses modes d’éducation, loin des injonctions contradictoires souvent véhiculées autour de la parentalité.

La communication, au sein de la famille comme avec le reste du cercle social, protège l’équilibre de la maison. Préservez la fratrie quand la crise surgit : chaque enfant a besoin de se sentir en sécurité, même lorsqu’il n’est que spectateur. Après coup, réunir la famille, mettre des mots sur ce qui s’est passé, écouter chacun, favorise l’empathie. Chacun retrouve sa place, loin du sentiment d’injustice ou de désarroi. Enfin, s’entourer, amis, groupes de parole, professionnels, aide à tenir la barre dans les moments où la tempête paraît sans fin. Et si le doute persiste, le simple fait de ne pas rester seul change déjà la donne.