Un chiffre froid : près de 10 % des foyers français accueillent ponctuellement ou durablement un proche dans leur logement, souvent sans se douter des conséquences qui les attendent sur le plan administratif. Derrière un geste de solidarité, une cascade de déclarations et de contrôles peut s’enclencher, parfois à contretemps. L’hébergement d’un conjoint ou d’un ami, même sans échange d’argent, n’échappe pas à la vigilance de la CAF.
La présence d’une tierce personne sous son toit, même à titre gracieux, n’a rien d’anodin pour l’administration. Dès que quelqu’un s’installe gratuitement chez vous, la Caisse d’Allocations Familiales considère qu’il s’agit d’un changement de situation. Et ce détail n’en est pas un : la CAF ajuste alors ses calculs, revoit vos droits, et peut réclamer des sommes versées à tort si la déclaration tarde. Parfois, l’accueil temporaire ou l’absence de lien familial direct brouille les pistes. Mais la règle reste la même : tout hébergement non signalé expose à une régularisation, voire à devoir rendre des aides perçues, même si l’oubli était de bonne foi.
Hébergement à titre gratuit : ce que la loi autorise et ce que cela implique pour vous
En France, prêter son toit sans rien demander en retour, que ce soit dans une résidence principale, secondaire ou un logement social, est parfaitement légal, à condition de respecter quelques principes. Que vous soyez propriétaire ou locataire, vous pouvez héberger parents, enfants majeurs, amis ou même votre conjoint sans contrepartie financière. La moindre participation assimilable à un loyer transformerait la situation : il ne s’agirait plus d’un hébergement gratuit, mais d’un bail classique, avec ses obligations et droits spécifiques.
En pratique, cette solidarité suppose plusieurs démarches incontournables. La déclaration de l’hébergement à titre gratuit ne doit pas être négligée, ni auprès de la CAF, ni du fisc. L’hébergé, de son côté, doit indiquer sur sa déclaration d’impôt qu’il occupe le logement gratuitement. Quant à l’hébergeur, un signalement auprès des impôts permet d’éviter toute ambiguïté sur la taxe d’habitation : celle-ci reste à la charge de l’occupant habituel, ou, s’il s’agit d’une résidence secondaire occupée par l’hébergé seul, à ce dernier.
Un point mérite d’être souligné : même si le contrat de prêt à usage (commodat) n’est pas exigé par la loi, il peut s’avérer salutaire. Ce contrat, conseillé notamment en cas d’hébergement dans une résidence secondaire ou lorsque la situation semble fragile, détaille les conditions d’occupation et protège les deux parties. Il facilite aussi la gestion d’un éventuel départ ou litige. Le plus souvent, une simple attestation d’hébergement à titre gratuit suffit pour de nombreuses démarches administratives : elle atteste de l’adresse et sert de justificatif de domicile à l’hébergé.
Reste la question de l’assurance habitation : elle ne doit jamais être prise à la légère. Si l’hébergé vit avec l’hébergeur, ce dernier doit prévenir son assureur. Si l’hébergé occupe seul les lieux, c’est à lui de souscrire sa propre assurance. Ce changement n’impacte pas la taxe sur les logements vacants, mais il modifie la répartition de la taxe d’habitation. Par ailleurs, dans certains cas bien précis, une pension alimentaire peut être déduite, en application de l’article 208 du code civil, mais les conditions à remplir sont strictes.
Conjoint, ami, famille : quelles conséquences pour vos droits et vos démarches auprès de la CAF ?
Héberger un proche gratuitement ne se limite pas à lui offrir un toit : ce geste a des répercussions administratives immédiates. La CAF exige une déclaration systématique de toute personne hébergée à titre gratuit. Ne pas le faire, c’est s’exposer à des contrôles, voire à devoir rembourser des prestations touchées à tort. La composition du foyer, telle qu’elle est déclarée, sert de base au calcul des aides : APL, RSA, prime d’activité, tout est passé au crible.
Pour celui qui est hébergé, l’absence de loyer le prive automatiquement de l’APL. Il lui faudra alors une attestation d’hébergement à titre gratuit pour justifier son domicile, notamment lors de démarches administratives. Mais la CAF ne s’arrête pas là : elle applique un forfait logement lors de l’étude de ses droits au RSA, à la prime d’activité ou à la Complémentaire Santé Solidaire (CSS). Ce forfait, calculé selon le nombre de personnes dans le foyer, vient s’ajouter aux revenus déclarés et fait baisser le montant des aides.
Pour l’hébergeur, accueillir durablement quelqu’un modifie la donne. Si la personne reste plus de six mois, ses ressources peuvent entrer en ligne de compte pour le calcul des droits du foyer. Voici ce que cela change concrètement :
- Le montant de l’APL peut être revu à la baisse si les revenus du ménage augmentent ;
- La composition familiale, actualisée, influence le calcul du RSA, de la CSS ou de la prime d’activité.
Dans tous les cas, signaler rapidement toute modification de la situation familiale est la seule façon d’éviter les mauvaises surprises : suspension, réduction, voire suppression des aides, contrôles et parfois sanctions à la clé.
Ouvrir sa porte, c’est donner bien plus qu’un toit : c’est aussi accepter l’intrusion de l’administration dans son quotidien. La solidarité ne se décrète pas sans contrepartie, surtout quand la CAF veille au grain.


